Mon journal de Bolivie

Michel Peyrat a choisi d'écrire un journal

Il raconte au quotidien l’évolution du projet de rénovation de l'ex hacienda.

Il évoque la mise en place progressive des formations, avec en perspective le sumaj kawsay", "le bien vivre", un autre modèle de société inscrit dans la nouvelle constitution bolivienne.

Choisir de faire un journal, c'est :

  • consigner l'action au jour le jour avec son quotidien, ses histoires ordinaires traversées par la grande histoire,
  • raconter les difficultés trop souvent sous-estimées,
  • faire part des réflexions, des questions, des réponses qui émergent tout au long de l'action,
  • partager les doutes et les espoirs, face au défi de changer le monde dans un lieu des Andes boliviennes,
  • mettre en lumière des repères dans le cadre de "l'aide aux populations du sud"...

 

Deux livres sont édités à compte d'auteur et en vente

page de gardephotos bolivie michel peyrat 2018

Commande à Horizons 19, place de l'église 19260 Treignac

  • 18 euros port non compris pour le Journal de Bolivie
  • 36 euros port non compris pour le livre de photos 

 

 

Quelques brèves de mon séjour.

En Bolivie d’une façon générale rien ne se passe comme prévu…

Péripéties

Le 15 février, sur le trajet, La Paz Sucre, dans le bus, j’étais en compagnie des nouveaux volontaires que je suis allé réceptionner à l’aéroport. Je suis descendu prendre une tisane à 2 heures du matin dans un patelin perdu de l’altiplano en laissant mon ordinateur sous le siège. Mal m’en a pris. Un observateur, à l’affut des faits et des gestes du « gringo », m’a volé mon portable. J’ai perdu presque tout mon travail d’un mois.

J’ai dû m’acheter un nouvel ordinateur et j’ai pu recommencer mes entretiens qui feront l’objet du journal de Bolivie nouvelle formule. Des entretiens avec les acteurs du centre de formation et des participants aux formations et des aussi des acteurs significatifs de la « transformation sociale » en Bolivie.

J’ai pu emmagasiner un grand nombre de photos et vidéos dans la perspective de faire un film « le sumaj kwasay » ou le « bien vivre » une mise en action dans les Andes Boliviennes. Il sera diffusé au public à Treignac le 3 novembre 2018. Il servira de support à des projections débat dans les écoles qui préparent des étudiants à la coopération internationale. A cette occasion je proposerai mes deux livres : « Journal de Bolivie : une éducation et formation émancipatrices avec des petits paysans quechuas dans les Andes (300 pages), et une autre, même titre mais en photos (70 pages).

Reconnaissance juridique

Nous avons maintenant le document reconnaissant la personnalité juridique du centre de formation mais il a fallu batailler avec le service notarial du gouverneur pour sortir le dossier et bien sûr allonger quelques bolivianos.

Nous avons eu une réunion avec la municipalité de Tarabuco le 21 mars suite à une lettre que nous avons fait signer par les 12 dirigeants des communautés. Elle demandait que la convention signée avec le centre Rijch’ariy soit respecté. Pour info, le maire fait l’objet de recours de la part de groupes de pression. La réunion a permis de nous mettre d’accord pour, dans un premier temps, obtenir la somme de 20 000 bolivianos (3000 Euros) participation de la municipalité, en nourriture et matériel pour les prochaines formations. Cela nous a obligé à rédiger une nouvelle convention spécifique qui sera examinée prochainement en conseil municipal. Que de contrariétés, que de temps perdu, que de confiance mise à mal. Mais c’est un mal endémique de beaucoup de municipalités. Il faut comprendre, que le modèle qui a dominé toute l’histoire de la Bolivie est un modèle, entre autre, de non-respect des engagements.

Cérémonies de remise de certificats aux participants et fin des formations

J’ai pu assister à la clôture de la formation agro écologie et visiter un certain nombre de parcelles de participants (16) dans leur communauté. Dans l’ensemble c’est plutôt positif mais il faut faire un suivi très serré si l’on veut que la dynamique ne retombe pas. Un étudiant agronome de l’Université parlant le quechua fait le suivi et son rapport constituera son mémoire de fin d’études. Il a une moto et nous lui payons tous ses frais.

Nous écrivons un nouveau micro projet agro écologie pour la période de juin à décembre 2018 pour lequel nous cherchons un micro financement.

J’ai pu également assister à la cérémonie de clôture de la formation de promoteurs de santé avec 28 participants. C’est la formation la plus réussie. Elle a pour objectif de faire en sorte que la population prenne en charge sa propre santé, selon une dynamique qui s’inscrit dans la vision du Sumaj Kwasay ou le « bien vivre » .

La mise en œuvre de projets communautaires de santé a commencé avec des réunions dans les communautés. C’est le promoteur de santé qui va jouer un rôle d’animateur avec l’appui de l’infirmière du centre de formation.

Le 7 avril tous les promoteurs de santé porte-parole de leur communauté ont écrit dans le détail leur projet et commencé à rédiger le budget avec l’aide de Lourdes, l’infirmière et Nicolas le volontaire.

La formation de leaders

Elle vient de se terminer avec une douzaine de participants.

J’ai animé l’avant dernier module sur l’élaboration et la gestion de projets individuels et collectifs. Suite à cette formation dont l’aboutissement doit être la mise en œuvre de projets individuels et collectifs, il s’avère indispensable, de créer un fond de roulement pour permettre le financement sous forme de crédit de projets individuels et collectifs et ainsi faire démonstrations, que la formation est un levier essentiel pour construire le « Sumaj Kawsay » au plan économique. C’est une attente forte des paysans.

J’ai piloté les 4 derniers jours de formation leaders. Nous avons emmené le groupe à Sucre pour visiter les services du gouverneur et l’assemblée départementale. C’est une démarche pour construire une citoyenneté informée, conscience et engagée.

La mairie de Tarabuco nous a reçu et nous a présenté un large panorama des activités et des services de la municipalité. C’est aussi un pas pour construire une citoyenneté éclairée et responsable.

L’animation de Javier Zarate, de l’IPTK, a été particulièrement intéressante. Il fut ambassadeur en Equateur, un pays qui a aussi choisi d’inscrire le « Sumaj Kwasay » dans sa constitution. C’est un proche de David Choquehuenca (ancien ministre des affaires étrangère) qui vient d’écrire un livre sur le « Sumaj Kwasay » . Javier a dressé un large panorama historique et actuel du concept du « Bien Vivre ». Bien sûr j’ai filmé et pris des photos.

La formation leaders après évaluation de l’équipe s’inscrira maintenant dans toutes les formations techniques. Elle comprendra quatre dimensions essentielles :

le développement humain, « soyons le monde que nous voulons qu’il soit » Gandhi,

l’histoire des quechuas et des Aymaras : « un peuple qui ne sait pas d’où il vient ne peut pas construire son avenir »,

faire passer les paysans d’une vision opaque de leur réalité locale, régionale, nationale internationale à une vision, critique, lucide et large.

Développer la capacité à élaborer et gérer des projets individuels et collectifs.

Les volontaires

Les volontaires Emeline et Pierre sont partis et laissent un souvenir fort en termes de travail, de compétences et d’engagement.

Julien et Nicolas les nouveaux volontaires prennent leur marque. Ils ont pris la mesure du projet depuis maintenant deux mois.

Des formations nouvelles

Nous avons démarré deux nouvelles formations couture et confection, financées par la Fondation Raja. Nous avons recruté une dame expérimentée issue du monde rural. A la première journée des inscriptions, nous n’avions que 4 femmes. La communication avec les communautés constitue une difficulté majeure. La tournée des communautés a permis de mobiliser et le 9 avril nous avions 19 participantes dont 15 jeunes femmes et 4 jeunes hommes. L’inauguration s’est faite en présence du directeur régional de l’éducation. Nous avons contracté une « baby sitter » qui s’occupe des bébés et enfants des jeunes femmes pendant leur formation.

Nous avons commencé une formation de base en couture pour 7 femmes de Morado k’asa, San Antonio de Toca et Molle Mayu . Elles veulent apprendre à faire des « polleras » sorte de jupes des femmes paysannes. Chaque 15 jour une dame de Sucre donnera des cours de danse folklorique ; c’est une des facettes de l’action pour construire le « Sumaj Kwasay ». C’est Julien qui accompagne la formatrice dans la réalisation de ces deux formations.

Le 2 avril nous avons organisé un atelier CETHA : Centre d’Education Technique Humaine Agricole animé par le réseau FERIA (facilitateurs, d’éducation, rurale, intégrale, alternative) de La Paz. Y assistaient les dirigeants de la subcentral de Morado Kasa et quelques dirigeants des 10 subcentrales de la municipalité de Tarabuco soient au total 34 personnes. A cette occasion Le directeur du CETHA de Titicachi au nord la Paz a présenté son centre qui compte 11 formatrices et formateurs: un modèle pour le centre Rich’ariy.

Le responsable du programme national de formation de leaders Edwin Armata d’UNITAS (Union des Institutions de Travail Social de Bolivie) a proposé l’animation de plusieurs formations de deux jours pour la subcentrale de Morado Kasa (une quinzaine de personnes) et des représentants (une dizaine de la centrale de Tarabuco).

Nous avons eu une rencontre des 4 centres d’éducation alternative du département de Chuquisaca. Sur mon invitation, la directrice Mathilde Huasakiri du Centre d’éducation alternative de Cororo (bourgade voisine de Morado Kasa ) était présente. Son centre travaille essentiellement avec des élèves du collège secondaire dans le domaine de l’informatique.

Préparation d’un projet atelier école

Nous commençons l’élaboration d’un projet de formation « atelier école » pour 15 jeunes (sans aucune perspective professionnelle). Ils deviendront maçons avec une bonne maitrise de l’électricité et de la plomberie. Nous espérons faire d’une pierre, deux coups avec une pratique qui se fera sur la partie basse de l’ex hacienda non rénovée. L’espace aménagé accueillera des touristes et nous espérons, ainsi financer une partie des frais de fonctionnement du centre de formation. Nous aménagerons aussi un grand dortoir pour les participants aux formations.

Nous budgétisons les matériaux nécessaires (poutres, tuiles, chaux), l’équipement (cuisine, tables, chaises, lits, matelas, draps …), les salaires des formateurs (1 maçon, 1 électricien, 1 plombier et 1 peintre), le paiement d’une petite bourse mensuelle pour les jeunes formés, environ 500 bolivianos soit (70 Euros).

Ce sont, une dame architecte aidée par une dame maçon qui élaborent un dossier d’une centaine de pages. Nicolas le traduira en Français. En France je prendrai mon bâton de pèlerin pour trouver le financement qui devrait avoisiner les 90 000 dollars.

Mardi 10 avril, nous avions la réunion du comité Rijch’ariy avec la présence d’une douzaine de personnes dont 5 paysans et surtout la directrice du centre d’éducation alternative de Cororo. Nous avons pris du temps pour discuter et ébaucher, dans une perspective d’accréditation par le ministère de l’éducation les formations techniques et permanentes pour les années 19 /20/21

L’avenir

Pour l’année 2019 les formations devraient se concrétiser ainsi :

L’atelier école pour 15 jeunes sans qualification avec un salaire de professeur payé par le gouvernement. L’atelier école devrait durer entre 15 et 24 mois.

Une formation permanente en agro écologie dans les communautés de la sub centrale avec si nous trouvons le financement la mise en place d’une petite ferme proche du centre (avec un espace horticole, une porcherie, une bergerie, un espace luzerne, un poulailler et un espace arbres fruitiers), cela pour :

permettre des pratiques agricoles pour les participants qui feront leurs travaux sous la conduite de la formatrice ou du formateur.

fournir le centre de formation et le restaurant de l’espace touriste en aliments sains

utiliser les déchets alimentaires des repas durant les formations pour nourrir les animaux.

Poursuite de formations dans le domaine de la couture et confection.

Une formation permanente dans les communautés dans le domaine de la santé avec le commencement des démarches administratives nécessaires pour former 3 niveaux selon les critères du ministère : des promoteurs de santé de base avec 1000 heures, des auxiliaires de santé en ajoutant 500 H et des agents de santé moyens en ajoutant également 500 H

En 2020 et 2021 se rajouteraient une formation dans les domaines de la cuisine et l’hôtellerie pour une douzaine de jeunes filles et jeunes gens et aussi une formation dans le domaine de l’artisanat textile.

Nouvel appel à la solidarité internationale

La solidarité internationale pourrait en parallèle financer des opérations :

Création d’un fond de roulement pour du micro crédit productif notamment des opérations visant à créer de la plus-value sur les productions agricoles : fabrique de confiture, conserve de fruits, fabrication de fèves toastées, petites laiteries pour la fabrication de fromages, transformation en conserve de viande cochon etc.

Le micro crédit pouvant servir également en équipement de matériel agricole approprié à la petite propriété. Il faudrait pour cela s’appuyer sur le CIFEMA de Cochabamba que j’ai visité en 2014.

Des opérations de formation ou d’animation théâtrale, musicale (formation de musicien de charangos et quenas )

Des incitations à la fabrique de céramiques.

Des forums sur le « sumaj kwasay », l’avenir de la petite propriété agricole en Bolivie, la migration, des congrès syndicaux, des rencontres de femmes

Reconnaissance du centre Rijch’ariy comme centre d’éducation alternative

Ma dernière semaine, au pas de course a vu un dénouement encourageant.

Nous avons fait une série de démarches auprès du « districtal » de Tarabuco sorte de directeur de l’éducation publique et alternative pour l’ensemble de la municipalité qui compte 75 communautés environ 17000 à 20 000 habitants. Nous avons, aussi, avec Lourdes l’infirmière, fait une série de démarches auprès des autorités du ministère de l’éducation à Sucre.

Le chemin qui nous a été proposé afin que le centre Rijch’ariy devienne CETHA : Centre d’Education Technique Humaine Agricole) et bénéficie du paiement des salaires des formatrices et formateurs est que nous devenions, dans un premier temps, sous centre d’éducation alternative du centre San Geronimo de Cororo à 3 kms de Morado Kasa.

Avec la directrice du centre San Geronimo, nous avons écrit les documents nécessaires et avons inscrit dans le dispositif du ministère les 19 participants à la formation couture : Ils recevront ainsi un diplôme attestant leur formation technique de base au bout de 10 mois de formation.

L’ensemble des démarches ont trouvé leur aboutissement la veille de mon départ, avec la signature d’un document attestant que nous devenions sous centre de formation alternative (traduit dans sa « version » française, c’est un organisme para public comme beaucoup de centres de formation professionnelle en France) et entrons dans le dispositif du vice ministère de l’éducation alternative.

Nous avons pu clarifier avec le représentant du ministère, suite à la réunion du comité Rijch’ariy, les perspectives de formation pour 2019 avec les besoins de formatrices et formateurs avec une directrice ou un directeur.

Sur ses bases plutôt encourageantes, mais, avec encore beaucoup d’interrogations et d’incertitudes. Ma réaction est : très bien mais prudence et humilité. En Bolivie rien ne se passe comme prévu…

Más que nunca “el camino se hace al andar

Plus que jamais : « c’est en chemin que se découvrent les horizons ».