bolivie 2020 03 01Solidarité avec des communautés de la petite paysannerie quechua dans les Andes boliviennes de 2013 à 2020.

Journal de Bolivie du 14 janvier au 23 mars 2020 de Michel Peyrat croqué par Mario Vargas

 

 

Avant-propos

Se focaliser sur le PIB, le produit intérieur brut, « rend borgne au bien-être économique, aveugle au bien-être humain, sourd à la souffrance sociale, et muet sur l’état de notre planète ». C’est le constat d'Eloi Laurent, économiste senior à l'OFCE (Centre de recherches en économie de Sciences Po, Paris), professeur à l'École du management et de l’innovation de Sciences Po et professeur invité à l'Université Stanford. 

 

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La conjoncture politique du moment : un calme relatif

Depuis notre arrivée à Morado K’asa le 14 janvier 2020, dans la campagne tout est très calme. Il faut être à l’écoute des radios et des journaux pour prendre connaissance de l’évolution du moment historique, conflictuel et très incertain que vit le pays.

Le MAS (Mouvement Au Socialisme), parti au pouvoir, a nommé ses deux candidats à la présidence et vice-présidence sous l’influence d’Evo Morales.

La droite a annoncé plusieurs candidatures, dont celle, de la présidente Jeanine Añez, ce qui a provoqué pas mal de remous. On lui reproche de sortir de son rôle d’organisatrice de nouvelles élections démocratiques. On lui reproche aussi de se servir de sa position actuelle, pour faire campagne, avec les moyens de l’Etat. Sa candidature se rajoute à celles des candidats de droite, ce qui divise.

J’envisage une série de « conférences-débat » sur les acquis de la gouvernance d’Evo Morales et aussi sur ses dérives et ses désillusions.

 

Le transfert du centre, sous la coupe du Ministère de l’éducation alternative, une nouvelle encourageante

Le Ministère de l’Education Alternative Départemental (MEAD) à Sucre, a, en février, notifié une résolution, accréditant le centre de formation Rijch’ariy comme centre de formation permanente.

Suite à la résolution, il a fallu faire des démarches administratives, avec encore une montagne de papiers à fournir. Cela a permis de faire remonter le dossier au Ministère à La Paz. Celui-ci doit attribuer un « RUE », sorte de numéro d’accréditation, pour que le centre puisse faire la demande de prise en charge de plusieurs salaires, notamment, en priorité, en agro-écologie et en santé.

Lors de notre passage à la Paz le 7 mars, nous avons pu, avec Maria Lourdes, rencontrer le directeur de l’éducation permanente pour toute la Bolivie. Il nous a fait un excellent accueil et nous a donné plus de détails sur la dynamique d’éducation permanente. Il nous a dit faire le nécessaire pour suivre le dossier et nous tenir au courant.

 

Un drame au sein d’une famille

Nous avons été attristés par le décès, par accident de la route, d’un promoteur exemplaire d’agro-écologie, de la communauté de Labrankichani.

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Il laisse une veuve avec 9 enfants. Les 2 filles jumelles les plus âgées ont 15 ans. Lors d’une visite à la communauté, nous avons fait un don de pâtes, riz et sucre à la veuve.

 

Atelier le « buen vivir » : une assiduité et une participation réconfortantes.

Avec Maria Lourdes, nous avons programmé un atelier sur le «buen vivir», un concept inscrit dans la nouvelle constitution de l’Etat bolivien. Il propose une évolution vers un mode de vie, qui s’oppose au modèle dominant, en prenant en compte, entre autres, les modes de vie et savoir-faire ancestraux, abandonnés dans la course au productivisme et à la modernité.

La pédagogie se veut libératrice de la parole, de la pensée : « c’est plus la parole entendue des participants qui est formatrice, que celle du facilitateur » Paolo Freire (pédagogue brésilien).

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Nous avons animé 3 sessions de 2 jours, avec 21 participants de 8 communautés.

 

Première session : le « buen vivir » sur le plan humain avec une « pédagogie de la question », selon Paolo Freire.

Les composantes d’une société ? Ou encore qu’est-ce qui fait un pays ? Pourquoi le développement humain est-il fondamental ? Quels sont les comportements qui viennent créer du mal-être, font perdre la confiance, génèrent des malentendus, des conflits et le plus souvent des échecs individuels et collectifs ?

 

Un travail en 4 sous-groupes, mis en commun, a permis de recenser une quarantaine de comportements néfastes, générant le mal vivre et les échecs.

Puis les sous-groupes ont transformé en positifs tous les comportements négatifs. La dynamique a nécessité un accompagnement de Maria Lourdes et de moi-même dans les sous-groupes.

Comment faire évoluer les comportements négatifs ?

S’il est relativement facile de changer la réalité matérielle, les changements de comportements sont très difficiles à obtenir. Ils ont leurs racines à l’intérieur de chacun et notamment de son histoire. Pepe Mujica, ancien président de l’Uruguay, dans un article du Monde diplomatique, édition bolivienne de septembre 2015, face à ce défi, invite à « se reformuler ».

Des jeux pédagogiques ont mis face à face deux participants A et B, l’un demandant à l’autre de répondre á la question: « qu’est-ce j’aime en moi ? L’autre lui répond, en le confortant dans son estime de soi. Puis on inverse les rôles.

Dans le 2ème jeu avec A et B, l’un disant à l’autre : « ce que je vais améliorer en moi c’est » ? B approuvant les réponses et félicitant A. Puis on inverse.

J’explique l’importance des affirmations, en reformulant des comportements négatifs. Elles sont choisies, en conscience, par l’intéressé.

L’animation sur les valeurs s’est faite, á partir d’exemples de la vie quotidienne dans les communautés et aussi, à partir de photos prises dans la brochure sur les valeurs réalisées par le centre Rijch’ariy.

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Bien sûr, le « buen vivir » ne peut pas s’obtenir hors du développement intérieur de chacun.

J’ai remis aux participants et distribué à différents acteurs du centre de formation, le compte-rendu de la session.

N’oublions pas qu’un des indicateurs, mesurant le « buen vivir » est d’abord l’indice de « bonheur interne ».

 

Deuxième session : le « buen vivir » sur le plan économique.

L’animation a permis de faire réfléchir sur les effets du capitalisme sur le plan local, national et international.

Ont été identifiés, les différents types d’entreprises publiques et privées, avec leurs grandes disparités. Ont été citées, les grandes entreprises, liées au capital étranger, les moyennes entreprises, liées le plus souvent à la classe moyenne, la petite entreprise et tout le commerce informel, qui concerne environ 70% de la population active bolivienne.

Un petit rappel historique a été fait, concernant la nationalisation des hydrocarbures, réalisée par le gouvernement d’Evo Morales et ses bénéfices énormes pour l’économie bolivienne, avec la redistribution sociale pour la 1re fois à la petite paysannerie.

L’introduction, sur le modèle agricole productiviste français de mon film « Artisans d’un autre modèle de société dans les Andes », a permis d’ouvrir un débat. Nous avons insisté sur l’importance de l’agro- écologie, des jardins potagers, des dynamiques de développement local avec la transformation de produits agricoles et la création de micro-entreprises, qui pourraient recevoir le soutien financier d’institutions d’Etat…

 

Le « buen vivir » sur le plan de la santé.

L’animation a permis de réfléchir sur le modèle actuel bolivien, qui a développé l’accès aux soins médicaux de la médecine conventionnelle. Ce système, en France, coûte des fortunes à la Sécurité Sociale : la consommation de médicaments, durant les 40 dernières années, a été exponentielle et a enrichi de façon scandaleuse les laboratoires pharmaceutiques.

Une réflexion de groupe a été menée autour de trois questions :

Quelles sont les maladies de la région ?

Pourquoi tombons-nous malades ?

Que devons-nous faire pour ne pas tomber malade et éviter le plus possible, le recours à la médecine conventionnelle ?

 

La projection de mon film, dans sa partie santé, a permis un large débat sur l’importance des médecines traditionnelles et sur l’usage des plantes médicinales.

 

Troisième session : le « buen vivir » sur le plan de la culture et de l’organisation.

A propos de la culture, une réflexion s’est menée, en petits groupes.

Que s’est-il passé durant des siècles concernant la culture quechua ?

A quoi sert la culture ?

Comment préserver et valoriser notre culture ?

 

Concernant l’organisation, 4 sous-groupes ont travaillé autour de questions.

Quelles sont les difficultés de l’organisation syndicale dans votre communauté ?

Comment doit travailler le dirigeant de votre syndicat ?

Que doit faire l’organisation syndicale sur le plan local, départemental et national ?

 

Quatre tâches ont été demandées: une pour chaque groupe…

Préparer un semis dans le jardin potager du centre.

Nettoyer les mauvaises herbes du jardin potager du centre.

Elaborer un programme pour l’élection municipale de Tarabuco.

Préparer une présentation du centre Rijch’ariy.

 

Dans la réflexion commune sur la réalisation des tâches, nous leur avons demandé comment s’était déroulée l’organisation: distribution des rôles ? Niveau de participation de chacun ? Présence de leaders, autoritaire ou démocratique ? Qualité des résultats ?

Depuis le début de l’atelier, les participants savaient qu’ils devraient préparer un discours sur le « buen vivir » et le faire devant tous.

Pour terminer l’atelier, nous avons écouté attentivement les 21 discours, pour certains, magistraux, dont 15 en quechua. L’évaluation en a été faite sur la base d’une grille des clubs « toast masters ». Nous avons remis 5 prix à 1 femme et à 4 hommes.

 

Le centre Rijch’ariy sur les ondes de Radio ACLO.

Radio ACLO (Action Culturelle Loyola) est très écoutée sur la zone. Les paysans y expriment en quechua, leurs difficultés, leur quotidien, leurs projets. Lorsque nous faisons des démarches à Sucre avec des paysans, nous en profitons pour aller à Radio ACLO, où ils sont toujours chaleureusement accueillis et où on leur donne la parole.

Le 19 février, une équipe de Radio ACLO est venu(e) faire un reportage en direct de 19h à 20h. Un petit groupe de femmes et de dirigeants du syndicat ont pu évoquer, l’histoire du centre, ses réalisations et son actualité.

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Radio ACLO a aussi donné la parole à l’infirmière, qui travaille depuis 3 ans sur le projet et au président d’Horizons19 et à son épouse.

La soirée s’est terminée autour d’une soupe et d’un dessert de bananes plantain frites. Bien sûr, ce fut un bon moment de convivialité et d’ouverture.

 

Avec la mairie de Tarabuco : un acteur « endormi »

(Parole du directeur du développement humain à la mairie).

Depuis mars 2019, date à laquelle, la communauté de Morado K’asa a remis le centre de formation entre les mains de la mairie, il ne s’est pas passé grand-chose, si ce n’est un inventaire complet de tout le patrimoine et mobilier du centre.

Lorsqu’il a fallu remettre un document, émanant de la mairie, attestant que celle-ci mettait au service du Ministère, le centre pour exécuter les différentes formations, on s’est entendu dire par le service juridique qu’il fallait encore faire faire un document auprès de l’INRA (Institut de Réforme Agraire ) pour rendre officiel le transfert. C’est donc l’association « Centre Rijch’ariy », officiellement reconnue au plan juridique, qui a dû faire le document.

Pour la régulation auprès de l’INRA, il nous a fallu faire une autre réunion avec la communauté de Morado K’asa, avec signature de tous les habitants car la rédaction de mars 2019 n’était pas conforme. Le dossier n’est toujours pas déposé auprès de l’INRA.

Lors d’une réunion du 5 février, qui devait réunir le Ministère de l’éducation local et la mairie, celle-ci s’est décommandé(e) au dernier moment et a envoyé une personne ne connaissant rien au projet et qui est arrivée à 11h 15 !!!

Cet incident, a suscité l’envoi d’une lettre de 2 pages au maire de Tarabuco, dont on se demande toujours ce qu’il en a fait. Selon la rumeur, il a des problèmes personnels et s’effondre devant les gens, face aux difficultés de l’animation d’une « mairie » avec peu de personnel, qui couvre un territoire de 18 000 habitants avec 75 communautés.

 

La formation couture et confection : espoirs et désillusions

Le centre de formation en est à sa 3ème session. Les 2 premières ont été animées par une formatrice et un formateur, sélectionnés par le centre de formation. Elles ont donné satisfaction aux participants.

La question qui se pose est: que se passe-t-il après les formations ?

Après la 1ère formation, 10 personnes ont bénéficié de l’appui d’une institution d’Etat, pour créer une sorte de « coopérative de production ». L’Etat a fourni les machines. Le groupe a loué un local. L’institution a assuré un suivi insuffisant. Au bout de 3 ans, lorsque l’institution a arrêté son suivi, le groupe s’est dissous. Chacun est parti chez soi avec sa machine pour une dynamique individuelle. Beaucoup continuent de produire en petite quantité des vêtements mais les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs. Horizons19, faute de moyens financiers et humains ne s’est pas investi dans cette opération.

Pour les autres formations, les résultats ne sont pas non plus à la hauteur des espoirs. Très peu ont entamé une dynamique de micro-entreprise et peu ont trouvé du travail dans le domaine de la couture. Là encore Horizons19 n’a pas pu assurer le suivi nécessaire.

La 3ème formation, avec la formatrice payée par le Ministère de l’éducation n’a pas été satisfaisante. Plusieurs participants à la formation se sont plaints du manque de discipline, d’un certain laisser-aller de la formatrice et aussi du faible niveau de la formation technique.

Bien sûr, nous insistons auprès du Ministère sur la sélection d’un personnel compétent et expérimenté et surtout engagé (solidaire avec le monde paysan et pas regardant sur les horaires).

Une 4ème formation a démarré avec 14 jeunes (dont 5 garçons) avec la perspective d’améliorer la formation de l’année dernière.

Au passage j’en profite pour lancer un appel : si une personne retraitée, parlant bien espagnol, veut bien venir faire un travail d’accompagnement durant deux mois sur deux ou trois ans…

 

Une dynamique de micro-entreprise familiale avec la communauté de Kara Kara.

La famille Yale, d’une communauté très pauvre, a suivi la formation couture et confection. Elle a fait preuve d’une assiduité et d’un intérêt exemplaires. Grâce au Comité Amérique Latine du Jura (CALJ), nous avons décidé de soutenir la famille, pour la création d’un atelier au sein de sa communauté.

La famille a construit l’atelier.

Pour l’achat des machines, nous avons fait appel à l’institution « Juana Azurduy » spécialisée dans la formation en couture et confection à Sucre. C’’est un Centre d’Education Alternative (CEA), renommé, qui bénéficie de l’appui de la coopération espagnole, avec des salaires payés par l’Etat.

Nous y sommes allés avec 6 personnes, qui ont été formées au centre Rijch’ariy. Le CEA nous a conseillés pour l’achat des machines.

Se dessine la perspective de son appui pour des suivis de micro-entrepreneurs, avec un éventuel appui financier. Une négociation est en cours…

Le fonctionnement de l’atelier de la famille Yale est toutefois en attente, car l’installation de l’électricité, en projet depuis 2 ans, n’est pas encore terminée … Patience et bonne humeur !!! En Bolivie, rien ne se fait comme prévu, mais les choses finissent par se mettre en place avec de la persévérance. Il en faut beaucoup…

 

Le jardin potager écologique contribue à l’autonomie du centre

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Le jardin potager écologique produit généreusement des salades, des carottes, des oignons, des côtes de bettes, des épinards, des courges, des piments, du mais, des fèves et des betteraves à profusion… Nous avons une maraichère hors pair, Claudina, qui est aussi la cuisinière du centre.

La serre, installée grâce à l’association Partages sans Frontières de la Drôme, donne entre autre de grosses tomates au goût incomparable. Evidemment l’engrais naturel animal, acheté à une éleveuse de chèvres de Morado K’asa, génère abondance et santé.

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Maria Lourdes

Nous avons fait 3 ventes encourageantes de salades vertes et de piments sur le marché de Tarabuco.

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Maria Lourdes au marché deTarabuco.

Nous attendons avec impatience un ou deux formateurs boliviens, pour reprendre l’activité formation en agro-écologie dans les communautés, étendre l’espace jardin potager et mettre en place des petits élevages au sein du centre de formation.

 

L’entretien du centre : faire face à la tendance « du laisser-aller et de l’abandon »

En Bolivie on a affaire à un matériel de mauvaise qualité, venant le plus souvent de Chine. Les 3 douches ne fonctionnaient plus : il a fallu faire venir un électricien chevronné de Sucre. Les pneus des 4 brouettes étaient percés. Des poignées de portes de dortoirs ne fermaient plus. Les gouttières de récoltes de l’eau des toits s’étaient affaissé, etc...

Il est à noter que des gros bourgs dans la campagne apparaissent dans un état d’abandon et de désolation. La Bolivie est un cimetière de projets non aboutis par manque de moyen financiers mais aussi et surtout par manque de formation humaine et technique…

 

La façade du centre s’est embellie de peintures murales.

Ces peintures illustrent la culture vestimentaire de différentes provinces de Bolivie. On peut y voir aussi des messages porteurs du «buen vivir».

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Mario Vargas, déjà l’auteur de peintures murales du patio principal, nous avait confié en avril 2019 la vente de 8 de ses toiles. Six ont été vendues lors des projections-débat de mon film « Artisans d’un autre modèle de société dans les Andes », pour un montant total de 1200€. La moitié de la recette a été remise au peintre, l’autre devant être investie dans l’embellissement du centre, tel était l’accord avec l’artiste. Ce qui a été réalisé.

En 2013, j’avais pris des photos de magnifiques peintures murales, représentant les costumes de différentes provinces de Bolivie, sur la façade de l’école normale d’instituteurs de Cororo. Aujourd’hui, ces peintures ont disparu !!! . Nous avons décidé de leur redonner vie, en les reproduisant sur la façade du centre de formation.

Nous y avons ajouté des phrases, qui se veulent porteuses de changements de comportements : une clé essentielle pour construire le « buen vivir » sur le plan humain et par ricochets, sur les plans, économique, santé, culturel et organisation syndicale …

Mario Vargas a fait appel à deux jeunes de Morado K’asa, pour ébaucher les peintures de personnages.

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« Faisons une révolution de nos comportements » disait le pape Francisco, dans un article du Monde diplomatique (édition bolivienne en espagnol de septembre 2015).

Nous avons choisi de citer une série d’attitudes positives, qui viennent faire contrepoids à des comportements néfastes, fréquents sur la zone et qui sèment la discorde, le découragement, l’indifférence, voire des conflits.

 

Maria Lourdes chargée de la santé

Maria Lourdes, l’infirmière travaille dans le centre de formation depuis 3 ans. Elle assume la fonction d’une codirectrice non officielle (elle est l’interlocutrice privilégiée d’Horizons19).

Elle assure :

  • le lien avec les institutions boliviennes, veille au bon fonctionnement du centre.
  • toute l’administration du centre et notamment, les courriers aux communautés et aux institutions.
  • des formations sur la connaissance des maladies et la prévention et accompagne les agents de santé dans leur maitrise progressive de soins avec la diffusion des films et petits montages en quechua autour de la santé.
  • le suivi des différents projets de santé et notamment, des petites pharmacies communales financées par La Guilde via Horizons19.
  • des séances de cuisine et pâtisserie dans les communautés qui le souhaitent.

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Elle partage l’entretien du jardin potager avec Claudina, a un œil sur la formation couture et confection. Elle accompagne parfois l’infirmière du Ministère dans ses activités de soins aux malades et mobilise les communautés pour les pré-inscriptions aux différentes formations.

Elle participe, quand elle le peut, aux réunions mensuelles des différentes communautés et de la subcentral de Morado K’asa et informe sur les activités du centre de formation.

Plusieurs communautés ont demandé qu’Horizons19 maintienne sa présence sur le projet. Il nous faut trouver un financement.

 

Quelle mécanisation pour la petite propriété agricole ?

« Non au tracteur, oui à une mécanisation appropriée au bénéfice du petit producteur ».

Nous avons organisé une journée de démonstration pratique, avec l’institution CIFEMA de Cochabamba, rencontrée en 2014.

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Deux animateurs sont venus avec une camionnette, chargée de matériel agricole Ils ont présenté aux paysans des charrues métalliques combinées réversibles,

 

des bineuses, un semoir de mais, un semoir et une récolteuse de pommes de terre, une petite batteuse de blé, orge, avoine, un moulin, une vanneuse de graines, une égreneuse de mais manuelle et une électrique…

Une cinquantaine de personnes de la communauté, essentiellement de Morado K’asa, ont participé aux démonstrations.

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Un paysan a bien voulu prêter ses bœufs et son terrain.

Les paysans à tour de rôle ont pu essayer les différents modèles de charrues. La présence de nombreuses pierres dans le champ a toutefois rendu un peu difficile l’efficacité des charrues.

Devant le centre de formation, les paysans ont pu observer le travail des différents matériels : batteuse, moulin, vanneuse. Un film pédagogique sera réalisé.

 

Visites dans les communautés

Bien sûr, nous sommes allés dans des communautés assister à leur réunion mensuelle, pour expliquer le transfert du centre de formation à l’Etat bolivien et à la municipalité de Tarabuco . Nous avons expliqué la dynamique d’’éducation permanente, qui devra se dérouler dans les communautés notamment pour l’agro- écologie et la santé.

Les communautés doivent inscrire un minimum de 10 personnes, pour une formation de base de 70h. Celles-ci peuvent poursuivre à un niveau auxiliaire (500 h) puis moyen (au total 1000h). Les participants recevront une certification du Ministère, qui a demandé des pré-inscriptions, dans la perspective de nommer des formateurs. Trois communautés ont fait parvenir leur liste.

 

La visite du centre de formation Titicachi au nord de la Bolivie : un modèle

Sur les conseils du réseau de facilitateurs de la RED FERIA, nous sommes allés, 2 femmes représentantes de 2 communautés, Claudina et Antonia, Maria Lourdes et moi-même, découvrir l’expérience du centre Titicachi, qui a 25 ans d’existence, avec une équipe de 11 facilitateurs, tous avec des salaires du Ministère de l’Education Alternative.

Après une nuit en bus, nous retrouvons Justo Pastor, le directeur venu à notre rencontre, à Achacachi, au nord de La Paz.

Nous achetons de la viande, notre contribution aux frais de séjour et faisons le plein d’essence. Nous partons pour un très long périple à travers de profondes vallées et avec une succession de montées et décentes interminables. La route, est plutôt un chemin à ornières, où chaque virage laisse découvrir des paysages impressionnants. Malheureusement, le ciel nuageux ne nous a pas laissé voir l’Illampu, sommet à plus de 6000 m.

En arrivant dans la vallée où se trouve Titicachi, la population se fait plus dense. Sur le bord de la route marchent des femmes avec leurs habits traditionnels colorés.

Nous arrivons vers 16 h et découvrons l’environnement du centre. Justo nous présente quelques facilitateurs. Celui qui est chargé de la formation apicole nous fait une démonstration d’extraction de miel.

Le soir, en présence d’une vingtaine de jeunes, dont toutes les jeunes filles sont en costume traditionnel, chaque facilitateur se présente et explique son travail.

Il y a 3 facilitateurs en agriculture élevage. Ici les jeunes présents reçoivent une formation agricole, avec des matières de culture générale. Ils préparent un diplôme équivalent à notre BAC agricole français.

Puis vient la présentation des visiteurs du centre Rijch’ariy .

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Claudina anime dans le centre un petit laboratoire de médecine naturelle à Morado K’asa. Elle a apporté plusieurs échantillons de produits à base de plantes médicinales et suscite un véritable engouement. Elle vend rapidement tout son stock.

Je passe mon film « Artisons d’un autre modèle de société dans les Andes » qui montre le travail du centre de formation Rijch’ariy . Je mets le film en pause après les différentes séquences et invite à la discussion.

Dans une perspective d’échanges interculturels, je projette mon film « fêtes au pays des Monédières » qui montre la culture de ma terre corrézienne avec : les Nuits de Nacre, la fête du pain à Treignac, la chorale de Peyrelevade en occitan, les fêtes de batteuses et bien sûr, les différents groupes de danse folklorique.

Revoir sa culture à 10 000 km de chez soi avec un public attentif, a une saveur émotionnelle particulière. Je fais un parallèle avec ce que ce passe dans les Andes. Notre culture régionale est aussi malmenée par la modernité. Je souligne qu’en Limousin, beaucoup de gens se mobilisent pour la survie de la culture, notamment à travers le folklore, les écoles d’accordéon, les bals de danse traditionnelle, qui prennent de la vigueur.

Je leur fais découvrir la culture Yampara, en leur montrant le Pujllay de Tarabuco et aussi, la fête du soleil ou l’Intiraymi, sur les ruines du Sacsayhuaman à Cusco (Pérou). Ce sont, certes, des spectacles pour touristes, mais d’une intensité culturelle exceptionnelle.

Le soir, je suis hébergé chez Max, le prêtre allemand, qui est présent sur la zone depuis 45 ans. Il a mobilisé des fonds d’amis et de différentes ONG allemandes, pour construire le centre de formation. Il a vécu 5 ans à Lyon et appartient à la congrégation des pères de Foucauld. Au petit déjeuner, Max m’a préparé une galette de maïs avec fromage, tout cela réchauffé (il fait froid et humide) par un café …

Le démarrage de la journée : à 8h du matin, les jeunes en formation et les facilitateurs sont réunis. L’un d’eux lie des passages de l’évangile, qui évoquent des valeurs. Puis le directeur fait parler les jeunes, sur l’actualité locale et nationale. Il aborde ensuite l’organisation de 4 groupes de participants à la formation, qui doivent prendre en charge la vie du centre (entretien, service des repas, le jardin potager) avec un sonneur de la cloche aux heures des repas. Puis le directeur nous invite à une visite des différentes structures avec les responsables facilitateurs.

Dans l’atelier couture et confection de vêtements traditionnels, Adela la formatrice anime une formation avec un groupe de femmes, toutes en costume.

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Adela nous explique que le ministère reconnait cette formation courte, qui permet aux participantes de confectionner leurs propres habits et ainsi de perpétuer leur propre culture à travers le vêtement.

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Avec les femmes présentes, Claudina parle avec passion de ces médecines naturelles. Elle suscite encore un engouement qui délie les langues.

Sous la conduite des facilitateurs d’agriculture, nous découvrons le jardin potager avec la serre, l’élevage de cochons d’inde et deux poulaillers, l’un de poules pondeuses et l’autre de poussins. Les cochons viennent d’être vendus. C’est le formateur avec les participants à la formation, qui prend en charge la gestion de ces différents élevages. C’est lui qui gère également les entrées et sorties d’argent, en rendant compte au directeur des mouvements de trésorerie. Il nous explique que la moitié de son temps est consacrée à des formations dans les communautés, selon la demande des paysans.

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Le formateur en menuiserie nous montre l’atelier, où se déroulent des formations courtes. Les participants fabriquent des meubles de la vie courante pour eux et aussi pour la vente.

Le formateur en soudure détaille l’atelier où se déroulent des formations courtes dans le même esprit que l’atelier de menuiserie ; c’est à dire produire pour les participants et pour la vente.

Le soir, c’est « nuit culturelle » qui commence avec deux jeux animés par le directeur pour libérer la parole des timides et ils sont nombreux ; puis nous assistons à des saynètes, qui reproduisent des coutumes locales et déclenchent des rires.

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Le « yatiri », sorte de guérisseur local un peu sorcier, laisse tomber des feuilles de coca sur un tissu et lit la chance du malade venu le consulter. Le guérisseur profère des incantations aux dieux.

Le lendemain, le père Max nous emmène dans une autre vallée.

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Nous découvrons des paysages splendides. Il nous partage ses expériences avec telle ou telle communauté. Il évoque les réalisations du gouvernement d’Evo Morales, soucieux d’être à l’écoute des demandes des communautés : un terrain de foot en synthétique !!!, un projet d’irrigation, qui a couté une fortune mais ne fonctionne pas, car le projet a été réalisé avec du matériel au rabais, une technification non maîtrisée et malheureusement sur un fond de corruption selon le predre .

L’après-midi, Justo nous emmène dans la communauté de Mollo, où est réuni un groupe de femmes en cours d’alphabétisation. Claudina sera encore très sollicitée.

 

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Le lendemain, réveil à 3h et demi du matin pour partir en bus (plus qu’usagé) dans le brouillard, qui nous évite de voir les précipices longeant la route. Nous arrivons vers 13h à La Paz. Nous prendrons quelques télécabines au-dessus de la « cuvette » de la capitale. Antonia n’avait jamais vu La Paz.

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